Un paysage si grand devant soi
Qu’il n’y a d’autre option
Que d’y foncer en plein dedans
A la découvrance
Les bras ouverts sur l’étendue
Un paysage si grand devant soi
Qu’il n’y a d’autre option
Que d’y foncer en plein dedans
A la découvrance
Les bras ouverts sur l’étendue
Il y a à peine cent minutes, j’étais en cette espèce d’apesanteur, sous cette autre douche. J’ai peut-être dormi autant d’années. Je ne le crois pas tellement. L’eau, sous la douche, m’est encore bien réelle.
Je trouve de somptueux vêtements dans le salon. Je choisis une longue robe bleue et une chemise beige. Je me sens belle et bien comme la femme que j’étais, cette adulte encore un peu gamine.
Fatiguée, je n’ai pas sommeil. J’ai faim, plus que tout autre chose. Je croque une orange, puis fais comme le docteur me l’a montré.
Je saisis mon poignet gauche de la main droite, tourne autour de celui-ci un quart de tour vers le haut, et incline ensuite ma main gauche, pour amener son revers vers le haut, après l’avoir relâché. Je tends ma main vers mon lobe d’oreille. Une lumière bleutée apparaît sur ma main. Un nom défile, avec un numéro de téléphone, de toute évidence. J’appuie sur ce numéro.
Le Docteur, de mon oreille, m’indique qu’il vient me retrouver. Dès qu’il énonce le lieu où je me trouve, il s’élance :
-Ah! Le vent de la Gorge! Vous le sentez, sur la fenêtre? Vous êtes chanceuse de vous trouver précisément en cette chambre. Décidément, c’est le traitement royal! Ce vrombissement sourd et continu, vous entendez? La fenêtre de votre appartement est faite sur un do diez, Tenez : sur cette face de la fenêtre qui donne à l’extérieur, perceptible seulement du ciel, mais qu’on entend lorsqu’on est parterre, le vent souffle sur différents octaves. Je trouve celle du 673, la vôtre, bien spéciale. Sachez qu’Éléa viendra nous joindre dans quelques instants, et que plusieurs plateaux de nourriture sont en chemin. Des amis m’accompagnent, également. Ils ont bien hâte de vous rencontrer.
Le Docteur arrive de fait quelques minutes plus tard, et me fait faire la visite. L’appartement, comme il l’appelle, est constitué de cinq pièces principales. La chambre, située à la droite de l’entrée, donne sur le flanc ouest. Au centre, la pièce principale forme un immense salon de huit mètre sur cinq, avec la façade fenêtrée, dont parle encore en si grand bien mon interlocuteur. Sur la gauche, un bureau donnant vue sur l’Acropole, de l’autre coté du gouffre. Une fenêtre sur le toit éclaire le tout d’une douce luminosité.
Un escalier monte à un palier et à une cuisinette, et plus loin, se trouve une salle à manger.
Le docteur prend sa main droite de sa main gauche, et regarde le revers de sa main.
-Éléa arrive dans une minute, dit-il. Elle amène avec elle un petit lunch et l’apéro. Nous pourrons discuter plus amplement. Vous avez sans doute des questions.
Nous passons au salon. Il est légèrement plus bas que le niveau des autres pièces. De confortables sofas peuvent asseoir sans doute très confortablement une dizaine de personnes. Une longue table basse est installée au centre de cette pièce. La lumière naturelle emplie confortablement le logement et laisse une double impression : à la fois d’intensité, mais également de tranquillité. Le docteur m’offre un verre. Je dis blanc.
Je fais oui de la tête. Éléa commence par me parler de mémoire. Des livres de l’avant. Elle fait constamment allusion à l’avant et à l’après, faisant référence à un moment imprécis entre les premières et les dernières bombes larguées. Le désir de ces gens de reconstruire un monde selon les plus belles légendes de l’ancien temps et de le faire poursuivre au travers des âges est incommensurable.
Elle m’explique que je suis vestige de ces temps anciens
-Nous avons tâché, à temps perdus, de nous souvenir de ce qu’était la vie d’Avant. Nous ne possédons plus les capacités de refaire la Grande Erreur à nouveau. Ainsi, nous tentons de préserver au mieux tout ce qui mérite d’être rescapé. C’est un de nos letmotivs… Tenez:
Eléa, qui me parle avec fierté et émotion de la ville que nous foulons, me traîne vers la Gare Windsor. Enfin. Dans la mesure où je m’y retrouve entièrement, une fois à l’intérieur. J’y avais mis les pieds quelques jours avant mon évanouissement. Je ne sens pas les heures qui me séparent de ce moment. Le décor est identique.
Elle me fait repérer le bassin du Parc Lafontaine. La façade du marché Jean-Talon. La fresque de la maison Soulande. Toute la ville n’est que réplique exacte de lieux fait comme s’il on les avait fait déménagés. Je me rappelle que cela représente plus de cent années de travaux d’archéologie.
Le Docteur insiste pour nous faire faire un détour par la rue St- Jean. Sont installés des espaces de retraites, ainsi appelées pour se souvenir que les moment ici glânés ne sont promis qu’à la détente, au repos, et à la perte de temps.
-C’est la plus grande réalisation de notre ville. Les forums creusés dans le roc, qui nous permettent de maintenir un spectacle perpétuel, et qui nous offrent des moment d’arrêt de toute activités plusieurs fois par semaines, alors que tous les habitants des Hautes-Gorges s’adonnent ensemble à quelques heures de détente délectable est sans doute mon innovation favorite. Mais cette rue est pour moi l’essence de ce que nous construisons: de la philosophie obligatoire. Enfin. Un moment de philosophie obligatoire, et ce, de manière continue. Il n’y a eu aucun événement, même les plus sombres -car nous en avons tout de même connus- qui ne nous ailles empêché de reconstituer ici des œuvres perdues.
Nous passons devant une association de libraires. Ils republient la Bibliothèque du Monde Nouveau. Ceux-là tombent plutôt dans la coutellerie. Un artisan -qui me semble centenaire- partage avec un adolescent le fait que c’est, qu’un le veuille ou non, un des plus ancien outil à peine modifié depuis le début de la civilisation.
Traversant la grande place du quai, nous bifurquons vers un grand hôtel, implanté juste à la croisée de ce vieux Québec et du vieux Montréal. En fait, en haut des marches du parterre de cette somptueuse entrée, c’est une immense gare de train qui se découvre, avec en façade un immense vitrail haut de cinq étages, délimité sur sa gauche par la paroi rocheuse.
-Au loin, là-bas (il désigne les constructions sur le flanc arrière de la branche ouest de la baie), c’est le quartier de Charlevoix. C’est là où sont nos quartiers. Vous pourrez vous reposer, manger un peu, et nous pourrons discuter. Prenons d’abord le temps de nous reposer.
-Nous entrons ici par la gare du Nord. De l’intérieur, nous pouvons aller à peu près n’importe où dans la cité. Il existe des voitures et des camions, pour des parcours express, mais je nous suggère la piste panoramique. Vous apprécierez mieux la ville et son architecture. Il nous en prendra une dizaine de minutes, à moins que vous ne vous affairiez. Vous êtes ici chez vous…
De l’autre côté, en face, le canyon resplendit dans la lumière tardive du soleil couchant. Le métal blanc abasourdi par le jaune irradiant du couchant, semble danser entre les espaces verts disposés entre les constructions. Le trajet se fait à petite vitesse, et m’offre tout le plaisir d’une vue panoramique longue de quelques minutes. Éléa et le Docteur me laissent ensuite me rendre chez moi, et je décide de prendre une autre douche pour bien me souvenir de mon corps, éblouie une fois de plus par cette ville nouvelle d’un monde nouveau.
Éléa et le Docteur me laisse au coin d’une terrasse, jonché à quelques mètres au dessus de l’eau. J’entre dans un appartement par la porte qui se trouve au bout de cette Promenade des Coudres, les yeux grands ouverts, après avoir croisé cinq autres charmantes entrées de résidences discrètement creusées dans la roche. Il fait chaud. Je prends une douche.
Enfin les vacances. Ne plus rien attendre, fermer l’agenda, ne plus être pressé. Direction la gare. Trains. Départs. Trains, gare. Trains, départs. Trains. La Gare.
Train, retards.
…trains, retards…
Les vacances. Ne plus rien attendre.
Enfin, le départ. Arbres, feuilles, feuilles, arbres. Le roulement des arbres n’est plus qu’un long glissement. A pleine vitesse. Plus rien des blues à vapeur, ou du tchac-a-tchac de Kerouac.
Plutôt; dans le wagon derrière moi, un band de Polka Bulgare tentent un « Champpsss Ilysey », en l’honneur « or not », dixit mes bulgares, de tous les voyageurs.
Paris. Montmartre. Le studio d’une amie. Je débarque du train, mange une salade »berger » sans mouton, repère le studio, fait des courses ère dans le quartier. Je m’installe à l’ordinateur un ans plus tard.
Je m’endors avec le récit presqu’à chaque soir, comme une prière pour trouver le temps de le poursuivre sur papier. Si y est, je prend un peu de temps. Je pense à vous à la maison et vous embrasse très fort.
La sève dans mes veines
comme l’arbre du temps
coule à chaque jours
comme de semaines en semaines
Revenu le temps des sternes
Avec elles le printemps
Je regarde à nouveau
grandir l’Arbre du temps
Ce n’est finalement que depuis
très récemment
Que nous comprenons la véritable
création de la Terre
Et que nous saisissons bien
l’immense chance rattachée
Piquer du nez du haut des airs
et reprendre le vent de ces flancs
Alors que les ailes se déploient
en parfaite harmonie avec l’air
Et, que la gravité foudroyée,
permet au nez de se ressaisir,
et d’arpenter la ligne d’horizon
à nouveau
Je plonge vers un continent
en plongeant à toute allure
vers un monde nouveau
Je dis au revoir au pays que j’aime
cherchant à tâtons dans les nuages
quelques derniers aperçus
comme si je pouvais tendre la main
et que la terre pouvait me le rendre
Je dis au revoir au pays que j’aime
en route vers un plus grand amour encore
allant au bout du monde
te rejoindre
bout de moi
Les hirondelles du petit matin
dès deux heures
sont une chose merveilleuse
Il faut aller là où la nuit
ne s’arrête pas
Au moins une fois dans
l’existence